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Tourisme : 10 raisons d’être optimiste, intervention d’Emmanuel Lechypre lors du forum du Seto à Tétouan
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Forum SETO

Tourisme : 10 raisons d’être optimiste, intervention d’Emmanuel Lechypre lors du forum du Seto à Tétouan

Intervenant au forum du SETO à Tétouan, Emmanuel Lechypre, journaliste économique, a donné dix motifs d’optimisme aux professionnels du tourisme, et ce malgré la guerre au Moyen-Orient.

TOURISME : 10 RAISONS D’ETRE OPTIMISTES

  1. Les chocs énergétiques sont de moins en moins douloureux

Les prix du pétrole s’enflamment et l’économie mondiale tremble. Logique : les chocs pétroliers sont historiquement les pires ennemis de la croissance. 

les deux plus graves récessions de l’après deuxième guerre mondiale ont été provoquées par les l’envolée du brut en 1973 et 1979, (les cours font x4 la première fois), x3 la deuxième. Et on oublie trop souvent que la crise de 2008 a été précédée d’une flambée des cours du brut à 145 dollars le baril. Mais ça c’était avant. 

Mais avant quoi ? 

Avant que l’Occident en général et la France en particulier ne réduise sa dépendance au pétrole. Il y eu d’abord la chasse aux gaspis et les progrès technologiques qui ont rendu nos chauffages et nos voitures beaucoup moins gourmand en brut. 

Dans les années 1960, une voiture a essence moyenne consomme entre 10 et 15 litres au 100 km. Aujourd’hui on est plutôt entre 5 et 7 litres. 

Il y a eu, aussi, la diversification des sources énergétiques. En France, presque 95% de l’électricité ne vient plus d’hydrocarbures. En 1965, le pétrole c’est 65 à 70% de l’énergie consommée en France, le reste c’est le charbon. Le gaz et le renouvelable ont une place marginale. 

Aujourd’hui, le pétrole, au total c’est 30%, le nucléaire 40%, le gaz plus de 15%, le renouvelable c’est presque 20%. Et à l’échelle mondiale, seulement 5% de l’électricité est produite à partir de l’or noir. 

Il y a la montée en puissance des services moins gourmand en pétrole que l’industrie (les deux tiers de l’économie). La part de l’industrie manufacturière est passée de 25 à 10% dans les années 1960… 

Au final, dans 1 euro de PIB en France, il y a 3 à 4 fois moins de pétrole aujourd’hui qu’en 1972

La tendance est à peu près la même aux Etats-Unis : le PIB a été multiplié par 4 depuis le début des années 1970, et l’Amérique consomme pourtant la même quantité de pétrole qu’à l’époque…  Sauf que cette tendance elle est à l’œuvre partout ! Y compris en Chine 

 

Enfin, les effets des chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient été largement amplifiés par des erreurs de politique économique. Gouvernements et banques centrales avaient laissé filer l’inflation et les salaires. « Aujourd’hui, la BCE est déterminée à ne pas laisser se propager le moindre germe inflationniste » assure Jean François robin, directeur de la recherche économique de Natixis. Comme elle l’avait fait lors du méga choc énergétique de 2022 et 2023. Résultat : le thermomètre de l’inflation n’avait qu’à peine franchi la barre des 5% sur l’année, alors qu’il a oscillé entre 10 et 15% entre 1974 et 1976. 

Au final « si les course du pétrole et du gaz se maintiennent plusieurs semaines aux niveaux actuels, un scénario de plus en plus plausible au vu des destructions de capacités de production et de stockage de gaz et de pétrole dans le Golfe persique, la croissance française pourrait être amputée de 0,3 point cette année mais resterait loin des zones de récession, et l’inflation  ne dépasserait guère 3% », rassure Ben May, le chef économiste de Oxford economics dans ses toutes dernières prévisions. 

Vous allez me dire : pour les consommateurs, la facture est quand même lourde.

Sur le coup c’est dur à avaler c’est vrai. 15 à 20 euros par plein mais remettons un peu de perspective. 

Jamais notre pouvoir d’achat carburant n’a été aussi élevé : en 1974 avec 1h de SMIC net, on achetait 3,6 litre de super. Aujourd’hui on en achète plus de 5. 

Et le gaz ? 

Les 7 millions de foyers chauffés à gaz et détenteurs d’un contrat indéxé sur les prix de marché pourraient de leur côté subir en mai (le temps que le prix repère s’ajuste) une augmentation de leur facture de 15% selon les experts de Selectra. Du même ordre qu’en 2022.  Sachant qu’ils étaient moins nombreux à l’époque à posséder ce type de contrats, puisqu’existaient encore les tarifs réglementés qui ont disparu à l’été 2023. Les détenteurs de contrats fixes ne seront impactés eux qu’au renouvellement de leur engagement…

Pas de craintes sur les factures d’électricité

Il y a tout de même une excellente nouvelle: le prix de l’électricité ne sera pas contaminée cette fois-ci par celui du gaz. Le scénario de 2022 était cauchemardesque : près de la moitié du parc nucléaire français était à l’arrêt pour des raisons techniques, le bas niveau des barrages  limitait leur capacité de production. 

La France devait s’approvisionner en électrons à l’étranger au moment ou la flambée du gaz faisait bondir le cout de production des dernières centrales appelées à tourner pour répondre aux pics de consommation. Sachant que ce cout, selon les règles du marché européen, fixe le prix de marché de l’électricité. 

"Aujourd'hui, le parc nucléaire tourne à plein, les barrages sont pleins, nous exportons de l’électricité donc nous ne risquons pas d’être contaminés par une hausse des prix de l’électricité venue de l’étranger se réjouit Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie. Et en France, grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, nous ne recourons que très peu aux centrales à gaz même aux heures de pointe ».

Le gouvernement n’échappera pas pour autant aux injonctions pour faire baisser la pression sur les prix du gaz et des carburants alors que les voisins européens multiplient baisses de taxes et blocages des prix. Plus la crise va durer, plus il sera compliqué de résister… 

 

  1. Les Français n’ont jamais été aussi riches

La France est riche

Si à force de suivre l’actualité économique et politique vous êtes convaincus que la France ne cesse de s’appauvrir, que l’Etat est au bord de la faillite, que le FMI va bientôt comme un huissier venir saisir notre patrimoine national pour payer nos dettes, vous devriez dormir un peu mieux ce soir

Travail de l’Insee et de la Banque de France : la France vaut 19559 milliards d’euros, soit une hausse de presque 3% en un an. 

Cette somme englobe la valeur de nos biens immobiliers, de nos entreprises, de nos placements financiers, du patrimoine de l’Etat. C’est six fois plus que le PIB (qui prend seulement en compte la richesse créé chaque année par l’activité économique) et c’est aussi six fois plus que la dette publique. Il y a de la dette mais il y a aussi beaucoup de bijoux de famille !

 

Les Français aussi 

plus des trois quarts de ce patrimoine est détenu par les Français : nous sommes à la tête de presque 15000 milliards d’euros. Pour deux tiers c’est de l’immobilier, et depuis deux ans, le prix de la pierre ne progresse pas. Donc si nous sommes plus riches, c’est surtout grâçe à nos placements financiers. Depuis le covid, nous sommes d’humeur économe, nos bas de laine n’ont collectivement jamais été aussi garnis et les marchés financiers sont à la hausse donc notre portefeuille à pris presque 10% en deux ans (assurance vie + retraite par capitalisation)

 

L’enquête Cofidis

En ce début d’année 2026, une évolution notable se dessine : pour la première fois depuis 2012*, la part des Français estimant leur pouvoir d’achat élevé (23%) dépasse celle de ceux le jugeant faible (20%).

 

Les pertes de pouvoir d’achat depuis le Covid ont été comblées 

Les salaires ont augmenté moins vite au cours du dernier trimestre 2025 nous dit la Dares, le service statistique du ministre de travail. Mais comme la hausse des prix a ralenti davantage encore, le pouvoir d’achat de notre rémunération affiche quand même une hausse de 1% par rapport à la fin 2024. Grâce à cette augmentation, nous effaçons les pertes de pouvoir d’achat provoquées par l’envolée de l’inflation en 2022 et 2023.

En janvier 2023, la hausse des prix atteignait 10% par rapport au début 2021, le pouvoir d’achat de notre feuille de paye dans le même temps, n’augmentait que de 5% soit une perte de 5%. Début 2024, la perte n’était plus que de 3%, début 2025 de 2%, et il est désormais nul. Notre salaire net a progressé autant que l’inflation depuis 2021 : 15%

 

Les Français ont un peu moins envie d’épargner

Enquête mensuelle auprès des ménages : on leur demande leurs intentions et leurs anticipations. 

Le jugement sur la situation financière future s’améliore sensiblement après avoir atteint un nadir à l’automne

L’envie d’épargner a culminé en décembre, mais elle recule depuis le début de l’année

L’envie d’acheter une nouvelle voiture est à ses plus bas historiques, l’envie d’acheter un nouveau logement est également au fond du trou

L’envie d’acheter des nouveaux biens d’équipement de la maison recule depuis la fin de l’année

Tout ça laisse de la place à des dépenses pour faire et pas pour avoir 

 

  1. Les Français ont fait des voyages une priorité

La descente dans la pyramide de Maslow 

Cette enquête de conjoncture vient conforter l’idée que depuis la crise sanitaire, le voyage a changé de statut dans la pyramide de Maslow 

Dans la lecture traditionnelle de Abraham Maslow, il y a :

le socle: besoins physiologiques → manger, se loger 

l’étage du dessus : sécurité (physique, professionnelle, sanitaire)

puis l’appartenance (amour, famille amis, lien social) puis le besoin d’estime (respect de soi, le statut, la réussite, la reconnaissance sociale puis enfin l’accomplissement (donner du sens à sa vie, quête personnelle

Historiquement : le tourisme était un un besoin de luxe (haut de pyramide). Pendant longtemps, voyager relevait de l’accomplissement de soi voire du statut social. 

En clair : on voyageait quand tout le reste allait bien. Le tourisme était plutôt un marqueur de réussite.

Aujourd’hui : un glissement vers le milieu de la pyramide entre estime et appartenance : vacances en famille, Moments avec les proches, Création de souvenirs 

Le voyage devient un ciment social, presque au même titre que les repas de famille d’autrefois. Ce n’est plus un luxe c’est une nécessité, essentiel au bien-être psychologique et social

 

Dans une société d’abondance matérielle, ce qui devient rare, ce n’est plus de se nourrir ou de se loger. C’est de vivre des expériences, de se retrouver, de respirer. Et c’est exactement ce que propose le voyage.

 

Quelques études : 

Études Atout France + Ipsos : entre 70 % et 80 % des Français déclarent vouloir partir en vacances chaque année. Niveau stable ou en hausse depuis 2021 

Études Kantar / Crédoc : Les Français déclarent réduire certaines dépenses (équipement, consommation) mais maintenir voire augmenter loisirs et voyages. 

Le problème du tourisme aujourd’hui, ce n’est pas le manque d’envie. C’est le passage à l’acte qui est contraint. 

 

Quelques tendances favorables : 

On veut de moins en moins dépenser pour avoir plus, mais de plus en plus pour être mieux, on veut de plus en plus d’expérience

Et puis il y a la formidable machine à voyager que sont les réseaux sociaux et ça mérite qu’on s’y attarde 

Le voyage est l’un des 4 thèmes les plus représentés au monde, au même niveau que food fitness lifestyle

  • Le voyage est devenu forme d’expression sociale : avant, on racontait ses vacances au retour. Aujourd’hui, on les met en scène en direct. Le voyage n’est plus seulement vécu, il est montré.
  • Le voyage est devenu un capital social : le voyage est un contenu parfait pour être vu reconnu, valorisé apr des paysages spectaculaires et des expériences uniques. Cabrel : je raconte que mes voyages en 1ere
  • Le mécanisme clé : le désir mimétique C’est le point le plus fort intellectuellement. : on désire ce que les autres désirent
  • Concrètement tu vois un ami à Bali puis un influenceur à Lisbonne 

puis un collègue en Islande Et soudain, tu veux y aller aussi.

 

Les réseaux sociaux créent un effet d’entraînement permanent.

 

Les études (Booking, Expedia, etc.) montrent que 

  • 70 à 80 % des voyageurs déclarent s’inspirer des réseaux sociaux, 
  • Chez les jeunes (Gen Z / millennials) : 1 sur 2 choisit une destination via Instagram ou TikTok 
  • Environ 30 à 40 % disent avoir réservé un voyage après avoir vu un contenu

Les dépenses contraintes

C’est d’autant plus important que la concurrence entre dépenses est de plus en plus rude à cause des dépenses contraintes qui n’ont jamais été aussi élevées. 

En moyenne, les Français déboursent 1186€ / mois pour leurs dépenses contraintes, soit 34% de leurs revenus mensuels nets moyens, soit une hausse de 43€ par rapport à 2025.

Le nombre de postes de dépenses contraintes reste inchangé en moyenne puisque les Français ont 11 dépenses contraintes à honorer chaque mois. 

Le poste du logement pèse de plus en plus lourd, tiré notamment par le gaz / chauffage collectif (118€ contre 106€ en 2025). 

Les coûts liés aux assurances sont en hausse par rapport à 2025 : l’assurance auto, qui passe de 91€ à 97€ (+6%), l’assurance habitation représente 74€ contre 66€ en 2025 (+12%) et l’assurance santé passe de 109 à 113€ par mois (+3%). 

 

  1. Nos économies sont de moins en moins cycliques

Tout ce qu’on a vu jusque là, ça dit deux choses : il y a des moyens, donc du potentiel, et il y a quand même de la visibilité parce qu’il y a moins de dépendance aux cycles économiques. 

Pour conforter cette moindre cyclicité : l’idée que nos économies sont elles même moins cycliques que par le passé…  

Aux Etats-Unis, la dernière récession sévère date de 1982. En Europe, il faut remonter à 1993 pour retrouver les stigmates d’une contraction de l’activité. 

Attention on ne parle pas des chocs exogènes comme subprimes ou covid… 

Les périodes de véritable boom se font elle aussi rares : la barre des 5% de croissance n’a quasiment plus été jamais franchie, tant outre-Atlantique que sur le Vieux continent et au Japon depuis la fin des années 1980. Soit quasiment depuis une vingtaine d’année alors que le cycle des affaires, souvent dit de « Juglar », du nom de l’économiste qui l’a mis en évidence, durait auparavant sept ans environ. 

Est-ce que ça veut dire que les cycles ont disparu ? 

Non mais ils ont changé de nature. Auparavant, la croissance faisait baisser le chômage, poussait les salaires à la hausse, la situation financière des entreprises se dégradaient, ce qui les obligeait à augmenter leurs prix, l’inflation s’accélérait, la Banque centrale remontait ses taux d’intérêt, décourageant les dépenses des ménages et des entreprises, d’où une accumulation de stocks dans les entreprises qui réduisaient leurs cadences de production et licenciaient, avec une récession à la clé, avant que la politique monétaire se relâche, que les surplus se dégonflent et que l’activité reparte. C’est ainsi qu’ont été provoquées par exemple, les récession de 1973 et 1980, et dans une moindre mesure celle de 1982 aux Etats-Unis. 

 

Mais à partir de la fin des années 1980, nombre de ces facteurs traditionnels ont perdu de leur influence. 

  • D’abord parce que la gestion en flux tendus se traduit par des accumulations de stocks bien moins importantes que par le passé. Or les mouvements de stockage (qui accélèrent la production) et de déstockage (qui la freinent) ont souvent été responsables de la moitié des fluctuations de l’activité. 

  • Ensuite parce que la part des nouvelles technologies de l’information (ordinateurs, logiciels, réseaux…) représentent désormais une grosse moitié de l’investissement des entreprises, et que ces matériels ont une durée de vie plus courte que les machine-outils. Il faut donc les renouveler en permanence. 

  • Enfin parce que la déréglementation de pans entiers de l’économie, en Europe comme aux Etats-Unis, les nouvelles technologies de l’information, la mondialisation et la montée en puissance de la concurrence des pays émergents ont considérablement durci la concurrence et repoussé le risque inflationniste.

  • La moindre dépendance aux fluctuations des hydrocarbures   

  • la profitabilité des entreprises reste élevée aujourd’hui, alors que dans le passé elle était basse en fin de période d’expansion (graphiques 4a/b), puisqu’aujourd’hui la profitabilité est soutenue par la faiblesse de la hausse des coûts salariaux (graphique 5) et par le niveau bas des taux d’intérêt (graphiques 3a/b).

     

Moins de cyclicité aussi du côté des consommateurs

  • Avec la montée en puissance de la redistribution qui amortit les chocs : écarts de revenus en France : de 1 à 17 sans redistribution, de 1 à 7 avec, de 1 à 3 tout compris.6 français sur 10 reçoivent plus del’Etat qu’ils ne donnent… 

  • le relachement du lien salaires inflation 
  • la montée des dépenses contraintes

Surtout, ce ne sont plus les déséquilibres économiques qui provoquent les récessions mais les déséquilibres financiers. 

Ce fut l’immobilier à la fin des années 1980, les valeurs internet à la fin des années 1990, et de nouveau, aujourd’hui, la pierre. 

Encouragés par l’envolée des prix, et le très bas niveau des taux d’intérêt permis par l’absence d’inflation, les ménages et les entreprises s’endettent de plus en plus pour consomment et investir, jusqu’au jour où les bulles financières éclatent, ce qui provoque des faillites et de longues périodes de désendettement. 

« Or ces cycles sont différents des précédents pour deux raisons, explique Michael Rosenberg, chef économiste chez Merrill Lynch: ils se terminent par des récessions très peu sévères, comme en 1991 et 2001, deux fois moins sévères que dans les années 1950 à 1970, mais celles-ci sont suivies en général de deux années de croissance très molle pour la production ou l’emploi (1992-1993 et 2001-2003), parfois les deux ». D’où des cycles « modernes » plus longs et moins violents.   

Face à ça, les politiques monétaires et budgétaires sont aussi moins procycliques : 

cf 82aux US ! on ne monte plus les taux pour casser l’inflation dans main street, on les baisse pour éviter l’effondrement de wall street. C’est le cycle amorcé depuis 1987 

  • soutien des politiques budgétaires est quand même spectaculaire : années 80-90 : 1 point de PIB d’action publique pour limiter la récession ; 3% en 2002, 12% en 2008, 30% en 2020

 

  •  L’euro : mécaniquement nous vivons dans un environnement de taux de change plus stables et moins fluctuants: 20 pays n’ont plus de variation de taux change entre eux et le monde avec ces 27 pays, avec tous les effets sur le commerce extérieur et l’inflation 

 

  1. La démographie va fabriquer plus de touristes et de voyageurs

La population vieillit, c’est pas un scoop. 

Je vais pas vous faire le coup des retraités qui sont au cœur d’un triangle d’or: ils ont du temps de l’argent et sont en bonne santé (60-75 ans).

De fait ils assurent l’essentiel de la clientèle des croisières (50 à 70% des passagers) et à peu près autant de la clientèle des voyages organisés. 

 

Mais j’aimerais qu’on rentre plus dans les détails: il n’y a pas que les retraités. C’est toute la France qui vieillit. Et donc c’est toute la France qui va voyager plus, parce que plus on vieillit plus on voyage: 

Par personne et par an (tourisme + voyages)

  • 18–24 ans : ~ 800 à 1 200 € 

  • 25–39 ans : ~ 1 200 à 2 000 € 

  • 40–59 ans : ~ 1 500 à 2 500 € 

  • 60–74 ans : ~ 2 000 à 3 000 € 

  • 75 ans et + : ~ 1 500 à 2 200 €

 

 Notamment parce qu’avec l’âge, le poids des dépenses contraintes diminue : 

Les 25-34 ans consacrent en moyenne aux dépenses contraintes 45% de leurs revenus nets, les 35-49 ans 35%. les 50-64 ans déboursent 1025€ par mois, soit 29 % de leurs revenus nets mensuels. Les retraités 25% de leurs revenus nets mensuels. 

 

Et puis autre bonne nouvelle: l’envie de voyager est de plus en plus forte chez les jeunes : 

Études Booking.com / Expedia Group : Les moins de 35 ans veulent voyager plus souvent, privilégient les expériences, arbitrent en faveur du voyage. C’est une tendance générationnelle très forte.

  • 75 % des voyageurs dans le monde déclarent que voyager est une priorité absolue, chez les 18–34 ans on monte souvent à 80–85 % 
  • Environ 2 jeunes sur 3 disent “je préfère dépenser mon argent en voyages plutôt qu’en biens matériels” 
  • 65 % des millennials et Gen Z prévoient d’augmenter leurs dépenses de voyage 

 

La structure des familles : 

Qui voyage le plus ? les couples d’abord (Flexibilité totale, Décisions rapides, Budget mutualisé, Pas de contraintes scolaires)

Les célibataires ensuite (voyagent souvent, très flexibles, mais séjours plus courts, budgets plus serrés)

Or leur nombre ne cesse d’augmenter, en valeur absolue et en proportion : 

  • 1 personne : ~ 37 % des ménages, 2 personnes : ~ 33 % 
  • 3 personnes et + : ~ 30 % 

Donc environ 70 % des ménages font 1 ou 2 personnes. Dans les années 1970 les ménages de 3 personnes et + dominaient

 

Et la tendance va se poursuivre. À horizon 2040–2050, ce sera pas loin de 80% 

 

  1. Le secteur du tourisme va profiter de l’IA sur tous les plans

Deux aspects : ce que ça va changer pour vos métiers, ce que ça va changer pour vos clients 

Ce que ca va changer pour vos métiers 

Je passe vite vous savez ça mieux que moi. L’impact sur la personnalisation, les gains de productivité pour les tour opérateurs: l’IA peut automatiser la relation client, devis, gestion des réservations, SAV.

L’IA permet une meilleure gestion du risque: anticipation des perturbations, rebooking automatique, information en temps réel 

Ce que ca va changer pour les salariés 

L’IA est une machine à libérer l’organisation du travail parce que c’est une machine à découper et automatiser les tâches qui constituent un emploi. 

Ca veut dire :  semaines plus flexibles, journées plus courtes,  organisation plus souple ; plus de travail par missions, de tâches modulaires, de freelancing

Sylvain Duranton : l’IA supprime la demi journée de travail la plus chiante 

de la semaine. 

 

La leçon qu’on peut tirer aujourd’hui de toutes les études : 

oui des emplois vont disparaitre 

L’essor de l’intelligence artificielle générative pourrait profondément transformer le marché du travail français. Selon une étude menée par Coface et l’OEM, jusqu’à 5 millions d’emplois seraient menacés à l’horizon 2030, soit plus de 16 % des actifs.

 

mais l’IA va surtout transformer plus qu’elle ne détruit. 

  • McKinsey & Company : 30 % des heures de travail pourraient être automatisées d’ici 2030 mais création de nouveaux emplois transformation des métiers 

 

  • Selon les projections du Forum économique mondial, la part des tâches réalisées par des systèmes d’intelligence artificielle pourrait passer de 22 % à 34 % d’ici cinq ans.

ce sont les tâches, pas les emplois, qui disparaissent

  • OCDE : environ 25 à 30 % des emplois fortement exposés mais peu d’emplois totalement automatisables
  • Fonds monétaire international : 40 % des emplois exposés à l’IA dans le monde dans les pays développés : jusqu’à 60 %

 

Des gains de productivité plus élevés donc des revenus

IT / Stanford University : gains de productivité très élevés, amélioration des performances et des capacités des salariés 

L'adoption de l'IA pourrait augmenter le PIB mondial de 15 points à horizon 2035 selon PWC

« La productivité n'est pas tout, mais sur le long terme, elle est presque tout. » C'est ainsi qu'en 1990, Paul Krugman soulignait que les pays ne. peuvent devenir plus prospères qu’en produisant plus avec  autant voire moins…

On était sur une tendance structurelle à la baisse : Au cours des deux dernières décennies, la moyenne de l'OCDE est tombée à 1 %, ce qui contraste fortement avec les années 1970, 1980 et 1990 (moyenne de 2,4 %) et encore plus avec les années 1950 et 1960 (moyenne de 4,6 %). Mais on est sans doute proche d’un retournement de tendance : 

Selon une récente étude du National Bureau of Economic Research américain, le nouvel environnement de travail hybride pourrait apporter près de 5 % d'augmentation de la productivité, même si celle-ci profiterait principalement aux travailleurs les plus diplômés

Gains de productivité : étude de septembre 2023 réalisées auprès de centaines de consultants BCG : Les consultants utilisant l’IA ont terminé 12,2 % de tâches en plus en moyenne, ont terminé les tâches 25,1 % plus rapidement et ont produit des résultats de qualité 40 % supérieure à ceux qui n’en avaient pas.

Le lien direct avec le tourisme 

Si l’IA libère du temps, flexibilise le travail, réduit la contrainte, alors :

elle augmente mécaniquement les week-ends prolongés, les courts séjours, les voyages hors saison 

 

  1. La transition écologique est une opportunité plus qu’une contrainte

D’abord on habite tous sur la même planète et la transition écologique est une nécessité pour tous. 

Retenez bien une chose : si vous prenez toutes les études qui évaluent les bénéfices de l’action contre le réchauffement climatique, et toutes les études qui mesurent le coût de l’inaction. 

Et bien le plus pessimiste des scénarios de l’action aboutit toujours à un monde meilleur que le plus optimiste des scénarios de l’inaction. 

Au-delà de ce cadre général 

La transition écologique crée une nouvelle demande touristique

Les préférences des consommateurs évoluent: tourisme plus responsable, respect des territoires, expériences authentiques 

Apparition de nouvelles clientèles : écotourisme, tourisme local, tourisme nature 

Données Booking.com

  • 76 % des voyageurs mondiaux déclarent vouloir voyager de manière plus durable

Données World Travel and Tourism Council

  • le tourisme lié à la nature est l’un des segments à la croissance la plus rapide 
  • forte progression des destinations “vertes”

 

Elle favorise la montée en gamme

Moins de volume, mais plus de valeur : moins de tourisme de masse, plus de qualité, plus d’expérience. Le client accepte de payer plus pour sens, qualité, durabilité. 

Opportunité de revalorisation des marges

Données Booking.com

  • 76 % des voyageurs mondiaux déclarent vouloir voyager de manière plus durable  
  • 43 % sont prêts à payer plus pour des options durables

 

Elle relocalise une partie du tourisme

développement du tourisme domestique, voyages plus proches, redécouverte des territoires 

Bénéfices : moindre dépendance aux chocs internationaux, activité plus stable, Résilience accrue du secteur

Elle allonge la saison touristique

Très important pour les professionnels : éviter les pics de chaleur, éviter le surtourisme, favoriser les périodes intermédiaires 

Résultat :  meilleure répartition de la demande, meilleure rentabilité des infrastructures

Elle stimule l’innovation

La contrainte écologique pousse à innover : transport bas carbone, nouvelles offres (train, slow travel), hébergements durables

Elle créé aussi de nouveaux emplois: conseil, certification,  

Elle renforce la différenciation

Dans un marché très concurrentiel : l’écologie devient un critère de choix

Les acteurs qui s’engagent attirent une clientèle spécifique, fidélisent davantage, avantage compétitif

Elle réduit certains coûts à long terme

efficacité énergétique, gestion des ressources, optimisation des flux 

Moins de gaspillage, Moins de dépendance aux énergies fossiles

➡️ gains économiques durables

 

Données ADEME

  • économies d’énergie possibles de 20 à 30 % dans les infrastructures touristiques 

Elle améliore l’acceptabilité du tourisme

Problème actuel : rejet du surtourisme, tensions locales 

 Le tourisme durable mieux intégré, mieux accepté condition essentielle pour continuer à croître

 

 

  1. La demande de protection croissante est une opportunité pour les voyagistes

Plus de protectionnisme 

évolution nombre de lois protectionnistes ou mesures protectionnistes en tous genres : LGlobal Trade Alert (un indice créé par l’université de Saint-Gall, en Suisse) témoigne, depuis sa création en 2009, d’une augmentation spectaculaire du nombre d’interventions restrictives de la part des Etats : 300 par an depuis 2020, 100 à 150  avant).

 

Plus de souveraineté

Nous sommes entrés dans un ère de confrontation et plus de coopération comme après la chute du Mur de berlin.

L’État-nation revient en Europe, l’État impérial en Russie et en Chine, l’Etat expansionniste aux Etats-Unis.

 

Seuls 45 % de la population mondiale vit actuellement dans une démocratie, 39 % sous autoritarisme, et 15 % dans des « régimes hybrides »

Freedom House signale 19 années consécutives de déclins des libertés dans le monde, avec 60 pays en recul en 2024 contre seulement 34 en progrès Le score global des démocraties est au plus bas depuis 2006.

Pour la première fois en plus de 20 ans, les autocraties (91) sont plus nombreuses que les démocraties (88)

 

Un tiers du PIB mondial fabriqué dans des régimes illibéraux aujourd’hui, 10% il y a 20 ans

 

Moins de démocraties et plus de conflits armés : 

  • Selon l’Uppsala Conflict Data Program (UCDP), le monde comptait 61 conflits armés impliquant des États en 2024, contre 59 en 2023 — un record depuis 1946 Parmi ceux-ci, 11 ont atteint le seuil de guerre (au moins 1 000 décès liés aux combats) 
  • Ceci confirme une très nette hausse : le nombre de conflits impliquant des États a presque doublé depuis 2010, tandis que les décès liés à la violence organisée ont quintuplé 

Le tourisme va s’adapter

Pendant 30 ans, le tourisme s’est développé dans un monde relativement prévisible.

Aujourd’hui, on entre dans une autre logique : guerres, événements climatiques extrêmes, pandémies, grèves, chaos logistiques. On va aller vers un peu moins de tourisme “plaisir”, un peu plus de tourisme “risque”, un peu plus incertain, un peu moins de tourisme de rix, un peu plus de tourisme de sécurité

Pourquoi je vous dis ça ? 

Parce que dans ce monde là, l’assurance devient un produit central, pas un accessoire, à fortiori pour le tourisme et le voyage. 

Avant, l’assurance était une option marginale, peu souscrite, peu valorisée. Aujourd’hui, elle devient un élément clé de la décision d’achat 

On va passer “je prends une assurance au cas où” à “je ne voyage que si je suis couvert”, avec un défi économique majeur : ces risques sont de plus en plus difficiles et coûteux à assurer 

Le tourisme de demain ne vendra plus seulement des destinations. Il vendra des voyages sans mauvaise surprise. 

Et c’est une opportunité

si on applique au tourisme les mécanismes qu’on a vu se mettre en place dans d’autres secteurs, comme l’immobilier, l’automobile, le e-commerce, qu’est-ce qu’on constate : 

L’assurance crée de la confiance… donc de la demande

C’est fondamental. Beaucoup de clients ne renoncent pas au voyage par manque d’envie, mais par peur d’annulation, de perte d’argent, de problème sur place 

Une bonne couverture débloque le passage à l’acte

Elle élargit le marché : sans assurance, seuls les clients “à l’aise avec le risque” partent. Avec assurance, clients prudents, familles, seniors 

Elle permet de vendre plus cher (et mieux)

Dans un monde incertain, le prix devient secondaire par rapport à la sécurité. Un client accepte de payer plus pour être rassuré.

Elle devient un avantage concurrentiel face aux plateformes: 

demain, la différence ne se fera pas seulement sur la destination, le prix, mais sur la capacité à gérer les imprévus. 

Le voyagiste devient garant, protecteur, accompagnateur. Face à Booking ou Airbnb qui vendent des options, les voyagistes peuvent vendre de la sécurité 

Elle renforce la fidélisation

Un client qui a été bien accompagné en cas de problème : devient extrêmement fidèle. Paradoxalement une crise bien gérée peut créer plus de fidélité qu’un voyage parfait.

L’assurance peut devenir :

un relais de marge (les banques !), un facteur de différenciation, un argument marketing 

  • assurance “tout compris” intégrée au package 
  • tarification dynamique du risque (comme dans l’aérien) 
  • segmentation clients selon aversion au risque 
  • développement de partenariats avec insuretech 
  • offres “annulation sans motif” généralisées

  1. L’économie mondiale est de plus en plus plastique et résiliente

Le point que je veux illustrer : la capacité de l’économie mondiale à s’adapter à des chocs qu’on peut considérer comme initialement violents et qui ont au final un effet pas forcément négatif voire positif. 

Exemple: la mesure choc de 2025 : les droits de douane de Donald Trump. 

Après le Liberation Day, les prévisionnistes économiques craignaient une guerre commerciale mondiale. Alors certes, les États-Unis n’ont pas totalement mis à exécution leurs menaces tarifaires, mais le tarif extérieur effectif moyen américain a tout de même été multiplié par cinq, passant de 2,6 % au début du second mandat du président Trump à 13 % aujourd’hui.

 

Que s’est il passé ? 

2025 a été une année record en matière de libéralisation des échanges commerciaux. 

Le commerce mondial a connu une croissance spectaculaire de 6% en valeur et une augmentation respectable de 5,5% en volume, bien au-dessus des prévisions pessimistes de l'OMC d’avril dernier qui tablaient sur une contraction nette. 

Les exportations ont continué de croître dans toutes les régions

La géographie des flux a quelque peu changé sous la surface : les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté (de près de 20 %), tout comme les exportations vers la Chine en provenance des États-Unis et d'Europe. 

En revanche, le commerce intra-UE a fortement augmenté. Et l'Asie hors Chine a enregistré une forte hausse de ses exportations vers les États-Unis ; cela reflète en partie le réacheminement des exportations en provenance de Chine, mais aussi, dans une large mesure, l'essor des investissements dans l'intelligence artificielle aux États-Unis qui font largement appel à des composants importés d'Asie.

 

Les explications

  • d’abord, la sagesse des gouvernements qui ont résisté à la tentation de riposter 
  • la remarquable capacité d'adaptation du secteur privé

Ainsi, lorsque le président Trump a érigé des barrières tarifaires autour du plus grand marché d'importation au monde, les fournisseurs et les partenaires commerciaux des États Unis se sont empressés de trouver des marchés de substitution pour leurs produits.

C’est ce qui fait toute la différence avec les années 1930 : à l’époque, les mesures tarifaires agressives, prises par les États-Unis, avaient conduit à une guerre commerciale mondiale, à l'effondrement des flux commerciaux et, en définitive, à la Grande Dépression. 

Cette fois-ci, nous avons assisté à une frénésie mondiale de nouvelles négociations commerciales (par exemple entre l'UE et l'Indonésie), à la remise sur pied d'anciennes négociations (par exemple entre l'UE et le Mercosur et entre le Royaume-Uni et l'Inde), à des efforts pour approfondir les accords commerciaux existants (par exemple entre l'UE et le Canada, entre l'UE et le Royaume-Uni, CCG, Corée du Sud et autres) et à des demandes d'adhésion à des accords commerciaux existants (par exemple l'adhésion du Royaume-Uni au CPTPP, et bien d’autres en cours d'examen). 

 

Il est remarquable de constater que ces efforts ont abouti en très peu de temps à la conclusion de nouveaux accords commerciaux, couvrant plus de 2 000 milliards de dollars de flux commerciaux (sans compter ceux conclus avec les États-Unis). Ainsi, les mesures de libéralisation du commerce ont atteint un record en 2025, tandis que les mesures qui jouent en sa défaveur ont continué leur reflux (voir graphique 2).

 

Et pendant ce temps la… 

Le déficit commercial américain n'a pas diminué ; son industrie n'a pas cessé de supprimer des emplois et ne montre aucun signe de reprise en dehors des centres de données et autres investissements liés à l'intelligence artificielle ; les exportateurs de produits vers les États-Unis n'ont absorbé qu'une partie minime des coûts liés à la hausse des droits de douane (environ 10% selon une analyse récente de la Fed de New York). 

Et si l'inflation n'a pas explosé, elle n'a pas non plus baissé de manière significative, en particulier pour les prix des biens. En effet, en janvier, les prix des biens (hors alimentation et énergie) sont repartis à la hausse, et, selon nos recherches, environ 40% des augmentations de coûts supportées par les importateurs n'ont pas encore été répercutées sur les consommateurs. Le pouvoir d’achat étant une priorité pour les électeurs américains à l'approche des élections de mi-mandat, la réduction des droits de douane est une option aussi séduisante que sensée.

 

10. L’horizon politique et social va bientôt se dégager

Combien l’instabilité politique coute-t-elle à l’économie française ?

Une dissolution en juin 2024, plus un gouvernement Barnier qui a duré 3,5 mois, plus un gouvernement Bayrou qui lui aura tenu presque 9 mois, les gouvernements Lecornu, les errements du budget 2026: 

Ce climat d’incertitude permanente a couté environ 1 milliards d’euros par mois. Du côté des ménages, préférence massive pour l’épargne au détriment de la consommation. Jamais les bas de laines n’ont été aussi gonflés depuis 1979. Les travaux pour changer de cuisine ou de salle de bain, les achats de meubles et de canapés étaient en baisse de 3% à 8% sur les premiers mois de 2025.

Les entreprises de leur côté, ont nettement revu en baisse leurs projets : Parmi les ETI interrogées par la banque Palatine, il y a quelques semaines, 1sur 5 a suspendu tout ou partie de ses investissements. 1 sur 3 a réduit ses intentions de recrutement 

C’est encore plus marquant pour les PME et TPE : 61 % de leurs dirigeants estiment que l’incertitude politique a un impact négatif "fort" sur l’activité de leur entreprise.

L’incertitude a diminué avec le budget 2026 et sera moindre pendant la préparation du budget 2027 

Que fait un gouvernement en général avant une présidentielle ? il évite les réformes d’ampleur, soit parce qu’il ne veut pas, soit parce qu’il ne peut pas (la il ne peut pas)  

L’enjeu sur le budget 2027 est limité puisqu’il sera amendé par le nouveau président de la république et sa majorité 

Peu de risque de crise sociale avant les élections présidentielles

Autre façon de poser la question: d’où pourrait venir une nouvelle crise des gilets jaunes ? Dans l’un des pays les plus redistributifs et égalitaires du monde : les Français croient vivre en enfer alors qu’ils vivent au paradis : 70% des Français pensent qu’ils payent trop d’impôts, 6 Français sur 10 touchent plus de l’Etat que ce qu’ils lui versent…

L’histoire nous enseigne deux choses : que les révoltes populaires commencent souvent en France par le mécontentement fiscal. Ca a été le cas des gilets jaunes. Rien dans les tuyaux aujourd’hui ni dans le budget 2027 

Et elle nous montre aussi que le climat social est un arbitrage permanent entre la peur et la colère. Les grands mouvements populaires comme mai 1968, comme les gilets jaunes en 2018 voire les manifestations contre les retraites en 2019 se produisent toujours lorsque la colère l’emporte sur la peur, autrement dit quand la conjoncture économique est favorable : 1968, 2018, il y a de la croissance, le chômage baisse. Or aujourd’hui la peur l’emporte à nouveau sur la colère avec la faiblesse de la croissance. 

Peu de risques de crise financière 

Ca fait 30 ans qu’on crie au loup en nous disant que la France va déposer le bilan. Rappelez-vous François Fillon en 2007 : je suis à la tête d’un Etat en faillite. Et rien ne s’est passé   

La réalité, c’est que les économistes n’ont jamais mis en avant de niveau au-delà duquel la dette devient un problème. Des pays très endettés vont bien, le Japon, des pays moins endettés vont mal, l’Argentine… 

 

Et qu’aujourd’hui, les épargnants du monde entier continuent de prêter à la France, que les agences de notation nous font encore à peu près confiance et que la France est protégée par la Banque centrale européenne, qui sera toujours la pour jouer les pompiers de service. 

 

Alors pourquoi vouloir à tout prix réduire les déficits ? 

Parce que le vrai danger, ce n’est pas la cessation de paiement brutale du pays mais sa lente asphyxie économique et l’appauvrissement de tous. Ce qu’est en train de vivre l’Italie.

 

Une dette qui augmente, ce sont des remboursements de plus en plus lourds à payer à nos créanciers (46 milliards en 2024, 72 en 2027), autant de milliards qui ne financent pas l’école, les routes, les hôpitaux. Des impôts en plus aussi. 

 

Pas un hasard si la France est l’un des grands pays dont la dette a le plus augmenté et le niveau de vie par habitant a le plus baissé par rapport aux autres grands pays depuis 40 ans…   Et ça risque de durer encore longtemps… 

 

Les présidentielles apporteront une clarification politique 

Plus de lisibilité : une présidentielle donne une ligne claire, une majorité (toujours à un nouveau président)  

Les marchés et les entreprises adorent la visibilité.

Une trajectoire budgétaire clarifiée : si le pouvoir issu de 2027 annonce une stratégie crédible 

Un retour de la confiance : les investisseurs raisonnent en termes de probabilité : “Est-ce que ce pays va tenir sa trajectoire ?” Si la réponse devient plus claire les taux peuvent baisser.

On a déjà vu ce phénomène :

  • en Italie : baisse des taux après stabilisation politique 
  • en France : détente après certaines élections présidentielles 
  • dans la zone euro : les spreads bougent fortement avec la perception politique 

 

Et même si cure d’austérité c’est une bonne nouvelle : des pays aussi différents que le Portugal, l’Espagne et l’Italie sont passés par la et se sont redressés après.